Les Moulins de nos ancêtres

 

 

Je fus envahie par un très fort sentiment de mélancolie en effectuant mes recherches sur les moulins de nos ancêtres. Au endroits indiqués sur les cartes il n'y avait pratiquement plus rien de leur implantation sur ces lieux. A Mouscron, seule une "rue des Moulins" située au carrefour actuel de la "Patte d'Oie" subsiste. Elle fut jadis le "Mont des Moulins" pour nous rappeler l'endroit où se dressaient les Moulins Del Val.

 

 

Mouscron - Rue des Moulins

Il y a quelques siècles, à cet endroit, nos ancêtres ont vécu, travaillé, aimé, peiné. Il ont ri, pleuré, ils y sont morts et après eux, leurs enfants ont continué le travail de leur père ... Et puis un jour, plus sombre que les autres, les ailes  se sont arrêtées pour de bon. Les ouvriers sont partis vers d'autres métiers, ... et le temps s'est chargé de tout détruire.

Et pendant que je méditais sur "ces moulins qui ne sont plus là", les belles paroles du Roi-Poète David, me revenaient à la mémoire.

"L'homme ! ses jours sont comme l'herbe, il fleurit comme la fleur des champs. Lorsque le vent passe sur elle, elle n'est plus et le lieu qu'elle occupait ne la reconnaît plus".

Il n'y a pas que les moulins qui subissent ce sort terrible !

Que l'histoire de nos moulins disparus, parce que dépassés par des inventions plus performantes, nous amène à plus d'humilité et de sagesse. Toutes nos belles réalisations d'aujourd'hui seront un jour dépassées et inutiles. Si de braves gens "illuminés" ne les rassemblent pas pour les mettre au musée (si c'est possible) elles subiront le même sort que nos moulins. Ainsi va la vie, il faut le savoir.

 

 

 

LES MOULINS DE L'ENTITE DE MOUSCRON ET LEUR HISTOIRE

 

L'entité de Mouscron a possédé plusieurs moulins. Un seul est encore visible de nos jours, tout au moins la tour qui le supportait, c'est le moulin de "Tombrouck " à Luingne.

Les premiers moulins de l'entité apparaissent il y a plus de sept siècles, vers 1260 à Dottignies. Sans doute s'agissait-il de moulins à vent, car les ruisseaux de l'entité ne convenaient pas à l'installation de moulins à eau.
Un moulin à vent à Herseaux est attesté dans les textes à la fin du XIV ème siècle. Le moulin de Tombrouck est signalé en 1429 et celui du Val à Mouscron un peu plus tard  en 1451.

S'il est relativement facile de suivre les moulins du Moyen âge à la Révolution française, tout au moins d'avoir confirmation de temps à autre de l'existence de tel ou tel moulin. Il est par contre plus ardu d'obtenir des renseignements pour les deux premiers tiers du XIX ème siècle, avant l'apparition de la photographie et surtout de la carte postale. C'est pourtant la période, si l'on jette un coup d'oeil sur le cadastre de Popp, où l'on compte le plus de moulins en activité dans la région.

L'avènement de la machine à vapeur, présente à Mouscron depuis 1833, va causer rapidement la ruine des moulins à vent. Abattus par une tempête, brûlés par un incendie, abandonnés, ils disparaissaient pratiquement tous avant 1914. Peu d'entre eux auront la chance d'être immortalisés par une carte postale.

Tous ces moulins ont longtemps fait partie du paysage mouscronnois et ils ont nourri le folklore local. C'est particulièrement le cas de ceux qui ont survécu le plus longtemps : le moulin de la Malcense à Luingne abattu par une tornade en 1940, le moulin de Tombrouck dont les ailes tournèrent jusqu'à la seconde guerre mondiale, les moulins du Castert dont une tour subsiste, qui pourtant situés à Rekkem restent un signe du passé mouscronnois. (Claude Depauw)

 

 

                                                                               

                                                         

LES MOULINS DEL VAL ou DE LE VAL

 

C'est dans un registre datant de 1451 qu'est cité pour la première fois les moulins de le Val.

En 1471, on saqua le nouvel arbre de molin de le Val (Archives Départementales du Nord, B 5271, f°9v°).

Dix ans plus tard, quand Jacques d'Ennetières vend à Cornille de la Barre la seigneurie de le Val, celle-ci comporte un moulin à vent "pour mieudre bled et ung moulin à oille"  (Fonds d'Ennetières n° 1133, f° 124-128 v°)

En 1513, Jean Sabbe, dont l'un des ascendants était déjà meunier à Tombrouck en 1472 voit le loyer du moulin diminuer " à cause de la peste laquelle a esté à Mouscron pour laquelle les gens ne venoient point audit moulin ".

Le 14 mars 1574, Ferdinand de la Barre obtint l'autorisation d'ériger un moulin à cheval près du moulin de le Val.

En 1648, on retrouve le bail d'un lieu manoir, terre et moulin à huile accordé par la veuve et les enfants de Léonard Dassonville - Mullier à Daniel Dassonville et Barbe Marlier.

En 1765, on compte deux moulins à grains et un moulin à huile. Un autre relevé donne un  moulin à vent et deux moulins à cheval pour piler le tabac, deux moulins à vent à blé et un moulin à huile.

Trois moulins Del Val se situaient dans la rue Charles-Quint à Mouscron :

  • ·    Le moulin "Dassonville", moulin à huile qui fut démoli en 1865. Louis Dassonville (lien à venir), huiler en fut le dernier propriétaire.  
     

  • ·    Le moulin "Deruquier" qui servait au broyage des écorces de chêne pour en extraire le tanin et qui fut détruit par une tempête à la fin du XIXe siècle.
     

  • ·    Le moulin "Storme", endommagé par des vents violents vers 1870, fut remis en état et posé sur une construction en briques où se trouvait une machine à vapeur actionnant les meules en l'absence de vent. Il fut démoli en 1898.
     

Le dernier des Moulins Del Val "le Moulin Storme"

 

Les trois moulins sont visibles sur le tableau, popularisé par la gravure, que le peintre Charles Mozin a consacré au combat de Mouscron du 29 avril 1794. L'un d'entre eux dispose d'une tour octogonale. Ce tableau qui était au Musée de Louvres à Paris, ce trouve actuellement au Musée de l'Armée ou au Musée de Versailles. Le moulin du milieu, celui à droite sur le tableau, est le moulin "Dassonville".

 

La Bataille de Mouscron (Charles Mozin)
Le moulin du milieu appartenait aux Dassonvillle
(Moulin à huile)

 

 

 

 

LE MOULIN DE TOMBROUCK

 

Le Moulin de Tombrouck était à l'origine en bois
Croquis F CHANTRY

 

Selon la tradition, les moulins de Tombrouck à Luingne, car il y en avait deux à Tombrouck (le Petit Moulin et le Haut Moulin) auraient été bâtis sur des tumulus ou tombes gallo romaines. Seul le "Haut Moulin" appelé aussi "Moulin de Tombrouck" aurait appartenu à la famille Dassonville.

Ce moulin à huile (qui a pris souvent le nom de tordoir), était à l'origine en bois et broyait les graines oléagineuses, telles le lin, le colza, la camomille, l'oliette, le pavot ... pour les convertir en huile.
L'huile retirée du colza est propre à l'éclairage. Pendant 300 ans, la famille Dassonville eut l'honneur d'alimenter la lampe du Saint Sacrement des paroisses de Luingne et de Mouscon. L'huile de colza sert aussi à la fabrication du savon noir. On s'en sert également dans la corroierie (préparation des cuirs après le tannage), dans la draperie et dans les autres opérations manufacturières du même genre. L'huile de lin est employée dans la fabrication du savon et de la peinture. L'huile de camomille est exclusivement propre au savon. L'oliette fournit une huile comestible, connue dans le commerce sous le nom d'huile blanche : on en sème très peu.

En général, on ne broie pas le quart des graines oléagineuses que l'on récolte, les moulins se trouvant en très petit nombre, comparativement aux matières que l'on récolte. Le tourteau ou pain formé du résidu des graines broyées est un précieux engrais pour l'agriculture; il est aussi pour les bestiaux, un mets appétissant et nutritif.

 

Ancienne meule du Moulin de Tombrouck
Photo Laure Dassonville

Le moulin de Tombrouck était un moulin banal, c'est-à-dire un moulin qui bénéficie du droit de banalité qui est un droit seigneurial imposé pour le broyage du grain au moulin banal, contre payement d'une redevance pour son usage.

 

En 1906, il est reconstruit en pierre et briques et devient moulin à grains
Photo archives E Coussement

 

 

Historique du "Moulin de Tombrouck"

En 1429, les censiers de la seigneurie de Mouscron en fournit les premières mentions. Il était la propriété de Roland de UITKERKE, seigneur de Mouscron (Fonds d'Ennetières n° 1152 : censier de 1429, f° 30 r°).

Le 6 septembre 1441, il le vend à Oste de la BARRE, seigneur de Mouscron. Le moulin apparaît alors dans la comptabilité seigneuriale.

En 1451, il est cité dans le censier de la seigneurie de Mouscron.

En 1638, il appartient à Daniel DASSONVILLE - CAUDRON

En 1834, il appartient à Charles DASSONVILLE

En 1860, il appartient toujours à Charles DASSONVILLE et est repris dans le cadastre de Popp, section A n° 370/C, au 175, rue de Tombrouck à Luingne.

En 1900, il appartient à Eudoxie DASSONVILLE épouse de Clément MESTGAGH (petite-nièce du précédent).

Après 1900, il appartient à Aloïs MYSSELS de Rollegem, exploité par G VAN GAVERE.

En 1905, le vieux moulin en bois partit en fumée.

En 1906, il est reconstruit en pierre et briques et devient moulin à grains.

En 1919, il est acheté par Arthur DUFORT-COTTONIER de Moorslede (+ 1974) et revendu à Robert SPRIET - VAN ASSCHE son neveu.

 

 

Robert Spriet sur son moulin
Photo Noël Spriet

 

En 1944, pendant le seconde guerre mondiale, le moulin tourne régulièrement.

En 1946, il fut amputé de ses ailes qui sont démontées et vendues. Elles seront remontées sur le moulin d'Aelbeke. Le moulin tournera et continuera à moudre jusqu'en 1967 grâce à l'électricité.

En 1974, Robert SPRIET époux de Rachèle VAN ASSCHE décède et le moulin passe en héritage à son fils Noël qui en devient propriétaire.

En 2000, il appartient toujours à Noël SPRIET. Plus d'activité au moulin, qui sert d'entrepôt à la famille Spriet qui s'est reconvertie dans la vente au détail de semences, produits phyto, engrais, maïs, mais aussi dans le commerce de divers légumes comme les petits pois, les haricots ... C'est le même Noël  qui non sans nostalgie se prend à rêver à de nouvelles ailes pour son moulin, vestige d'un passé bien attachant.

Il ne reste plus que le cône tronqué en maçonnerie, avec les deux meules en pierre exposées devant le moulin. A l'intérieur, subsiste encore le vieil escalier branlant. Mais au moins, a-t-il échappé, aux amateurs de vieux chêne comme ce fut trop souvent le cas pour les moulins. Généralement, il ne reste qu'une butte, une meule contre une façade ou une "rue du Moulin" pour nous rappeler l'existence passée d'un moulin à cet endroit.

 

Le Moulin de Tombrouck en 1999
Photo Laure Dassonville

 

 

 

 

LE "GRAND MOULIN" DE LA MALCENSE

 

A la Malcense, hameau de Luingne, s'élevait autrefois deux moulins. Le "Petit Moulin" à tabac qui fut construit en 1762 et le "Grand Moulin", moulin à huile qui fut le fief des Dassonville.

"Malcense" provient de "mauvaise" (mal) "ferme" (cense). C'était probablement un endroit où existait une ferme de mauvaise réputation (mauvaise ferme), des terres mal entretenues ou du bétail mal soigné.

 

Le petit Moulin de la Malcense

 

Historique du "Grand Moulin"

En 1567, Oste de la Faille, Seigneur de Mouscron peut construire ce moulin à huile. Une autre source semble faire croire que ce moulin aurait été bâti vers 1630 (Archives de l'Etat de Tournai, note 3730, f° 173 de 1689).

D'environ 1728 à 1757, il appartient à Jean-Baptiste DASSONVILLE-DOULTRELUINGNE

Le 29 août 1739, Jacques Doutreluigne et son beau-frère Gilbert Clément DASSONVILLE sollicitent de pouvoir déplacer le moulin à vent à tordre l'huile de Mouscron à Espierres en Tournaisis (Chambres des comptes, supplément, recueil n° 1958).

De 1757 à 1796, il passe en héritage à son fils Jean-Baptiste DASSONVILLE-PREVOST

En 1834, les meuniers MOULIN et DOULTRELUINGNE y travaillent (Jean-Baptiste Dassonville avait une fille, Marie-Agnès qui épousa François-Joseph Moulin)

En 1860, il appartient à Joseph MOULIN (petit-fils de Jean-Baptiste Dassonville-Prévost) et Jean HAUWEL (époux d'Honorine-Françoise Moulin, soeur de Joseph Moulin)
Il est repris dans le cadastre de Popp, section B n° 355.

En 1890, le vieux moulin chargé de siècles brûle et se tait à tout jamais.

Carte figurative de la Malsence en vue l'érection d'un nouveau moulin avec explications et renvois

 

 

Le Moulin de Quevaucamps

 

Gouache représentant Dottignies dans l'album du Duc de Croÿ
Le moulin est supposé être celui de Quévaucamps

 

Dès 1349 est cité un "kemin qui va au moulin de Keval-camp". Mais peut-être existait-il déjà en 1260 ? Le moulin de Quévaucamps appartenait à la seigneurie de Dottignies : il apparaissait comme tel dans un dénombrement de celle-ci fait en 1502 et dans un terrier des années 1590 - 1600. Sans doute est-ce celui qui est visible sur la gouache représentant Dottignies dans l'album du Duc de Croÿ concernant le Tournaisis. Vers 1690, le moulin de "Chevaucamps" "se découvre de loing et donne une belle vue principalement de Tournay". ( AET, Châtellenie de Courtrai, Acquisition, n° 2573, entre f° 31 et 32).

 

Plan du Moulin de Quévaucamps vers 1600
Archives de l'Etat à Tournai, Châtellenie de Courtrai,
Acquisitions n° 2573, entre f° 31 et 31

 

Plan des Moulins du Quévaucamps en 1776
Archives de l'Etat à Tournai, Châtellenie de Courtrai,
Acquisitions n° 1932, 8ème canton

 

Le lieu-dit Quévaucamps comporte deux moulins, l'un appartenait à Louis Glorieux de Dottignies, c'est le moulin à huile. L'autre moud le blé et est propriété de François Plouvier, cultivateur dottignies. (Claude Depauw - Moulins en Hainaut p 287)

Louis Malfait est le meunier vers 1750 et paye annuellement un loyer de 350 livres 8 sous parisis au seigneur de Dottignies.

Tous les moulins de Dottignies étaient en bois.  Il n'existe malheureusement aucune gravure ou photographie connues des moulins de Quevaucamps ou de la Loupe (hameaux de Dottignies).

Pierre-François Dassonville-Busschaert né à Luingne le 8 novembre 1764, fut tordeur d'huile au moulin de Quevaucamps.

Son fils, Clément Dassonville - Vanderzijppe fut meunier au moulin de la Loupe durant la période de 1836 à 1848.

On y retrouve son petit-fils Pierre-Constant Dassonville-Desseyn né le 17 juin 1830 à Dottignies qui est propriétaire du Moulin et fabricant d'huile

 

 

  

 

Au cours de mes recherches sur les moulins, j'ai trouvé ce poème
que j'ai voulu conserver et je tiens à le partager avec vous
 

                                       

Le vieux Moulin de mon Grand'Père

Le fuseau de ma Grand'mère

(Edouard Plouvier)

Ah ! le bon temps qui s'écroulait
Dans le moulin de mon grand-père !
Pour la veillée on s'assemblait
Près du fauteuil de ma grand-mère
Ce que grand-père racontait
Comme en silence on l'écoutait.
Et comme alors gaiement trottait
Le vieux fuseau de ma grand-mère
Comme il trottait
Et quel bon temps, quel bon temps c'était !

 

Par brides, ces vers me reviennent peu à peu
Mais du nom de l'auteur je ne me rappelle plus
Ils sont en tout cas d'une terrible réalité ..
.

 

Le vieux moulin de mon grand-père
Tout comme lui c'est abattu.
Le vieux fuseau de ma grand-mère
A la muraille est suspendu.
Et vous, couchés sous l'herbe épaisse
Comme au vieux temps encore unis
Je crois vous voir quand le jour baisse
Et tout en larmes je redis :
Ah ! le bon temps ...
Dans le moulin ... le moulin ...
Revenons-y le temps d'un rêve.